3-31 décembre 2016

Anne-Laure Munari

« La beauté des mélancolies »

 

    

 

Les peintures d'Anne-Laure Munari font penser à des instruments qui feraient vibrer les fines cordes de nos fragilités humaines. Aujourd’hui, il est paraît-il interdit de se sentir seul, fragile ou abandonné. Alors tes images me ramènent avec d’infinies nuances de textures et de couleurs, à tout ce qui est tangible et intangible au sein nos vi (d )es intérieurs. Ce qui se cache derrière étant peut-être ce qui nous rassemble le plus. Les personnages, frêles silhouettes de brumes, cernés pourtant, comme pris au piège d’une réalité douloureuse, résistent et perdurent. Mais on se demande : jusqu’où auront-ils la force de lutter ? Leurs pâles sourires eux-mêmes font craindre une défaite imminente, d’autant plus émouvante, qu’elle s’opère à bas bruit, sans tumulte. Et puis, il y a cette couleur qui bouleverse tout de sa vibrante énergie. Elle fait voler en éclat la mélancolie qui traverse les compositions. Les motifs végétaux, solides, exubérants de sensualité, contrastent avec les figures humaines transparentes, prêtes à se diluer dans l’espace. Ces figures incarnent l’interrogation lancinante du sens de nos vies, de nos liens à l ’Autre, de nos congruences profondes. Leurs regards nous sondent, muets, dans une question jamais formulée, pourtant suspendue au bord de leurs yeux. C’est bien encore la tristesse qui teinte jusqu’à l’aplat le plus pur; et ceci me rappelle un texte de Rainer Maria Rilke, qui avec des mots de sagesse, nous guide et nous dit combien nous avons à apprendre de la Tristesse, sentinelle de vérité face aux « bonheurs » discount d’un quotidien carencé de rêves.

Séverine Munari, 2016 “

 

 

" Aussi, cher Monsieur Kappus, ne devez- vous pas vous effrayer quand une tristesse se lève en vous, fût- elle une tristesse plus grande que toutes celles que vous avez vécues. Quand une inquiétude passe, comme ombre ou lumière de nuage, sur vos mains et sur votre faire, vous devez penser que quelque chose se fait en vous, que la vie ne vous a pas oublié, qu’elle vous tient dans sa main à elle et ne vous abandonnera pas. Pourquoi voulez- vous exclure de votre vie souffrances, inquiétudes, pesantes mélancolies, dont vous ignorez l‘œuvre en vous ? Pourquoi vous persécuter vous - même avec cette question : D’où vient tout cela, où va tout cela ? – Vous savez bien que vous êtes évolution et que vous ne désirez rien tant vous même que de vous transformer. ”

Rainer Maria Rilke Lettres à un Jeune Poète, 1903

 

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